La Plaque Tectonique Somalienne

La Plaque Tectonique Somalienne

Note de nomenclature : La plaque somalienne est historiquement considérée comme une composante de la plaque africaine dont elle s’est séparée. Elle est parfois désignée dans la littérature anglo-saxonne sous le terme Somali plate ou Somalian plate. Les données géodésiques récentes (GPS, GNSS) révèlent qu’elle se subdivise elle-même en plusieurs microplaques distinctes.

La plaque somalienne est une plaque tectonique de la lithosphère terrestre, généralement associée à la plaque africaine dont elle constitue le fragment oriental en cours de séparation. Elle se distingue de la plaque nubienne par sa dynamique propre, ses frontières océaniques, et son déplacement légèrement différent dans le référentiel de la plaque pacifique.

La plaque somalienne est une plaque tectonique de la lithosphère terrestre dont la superficie est de 0,471 92 stéradian. Elle est généralement associée à la plaque africaine. Elle couvre l’est de l’Afrique et l’ouest de l’océan Indien, y compris Madagascar, l’archipel des Comores, le plateau des Mascareignes (île Maurice, La Réunion, l’archipel des Seychelles) ou encore l’archipel de Socotra.

La plaque somalienne est approximativement centrée sur l’île de Madagascar et comprend environ la moitié de la côte est de l’Afrique, du golfe d’Aden au nord jusqu’à la vallée du Grand Rift est-africain.


II. Données physiques et cinématiques fondamentales

2.1 Paramètres dimensionnels

Paramètre Valeur
Superficie totale 0,471 92 stéradians ≈ ~10,2 millions de km²
Composition Lithosphère continentale et océanique mixte
Vitesse de rotation 0,978 3° par million d ’années
Pôle eulérien (réf. plaque pacifique) 58° 79′ N — 81° 64′ O

2.2 Comparaison avec la plaque africaine (nubienne)

Paramètre Plaque Nubienne Plaque Somalienne
Superficie 1,440 65 stéradians 0,471 92 stéradians
Vitesse de rotation 0,927°/Ma 0,978 3°/Ma
Direction dominante Nord-Est Est à Nord-Est
Statut Plaque majeure Plaque mineure / en formation

La plaque somalienne tourne légèrement plus vite que la plaque nubienne, ce différentiel de vitesse étant l’une des causes du rifting continental actif.


III. Extension géographique et limites actuelles

3.1 Domaine continental

La plaque somalienne couvre la partie orientale du continent africain , comprenant notamment :

3.2 Domaine océanique

La plaque somalienne couvre l’ouest de l’océan Indien, y compris Madagascar, l’archipel des Comores, le plateau des Mascareignes (île Maurice, La Réunion, l’archipel des Seychelles) ou encore l’archipel de Socotra.

3.3 Îles et archipels rattachés

Île / Archipel Statut
Madagascar Partiellement (la partie sud serait rattachée à la plaque Lwandle)
Seychelles Plaque somalienne
Comores Zone de limite diffuse Somalie/Lwandle
Mascareignes (La Réunion, Maurice, Rodrigues) Plaque somalienne
Socotra (Yémen) Plaque somalienne

IV. Frontières actuelles — Description détaillée

Les frontières de la plaque somalienne sont formées de rifts sur son bord ouest constituant la vallée du Grand Rift, de la dorsale centrale indienne sur son bord est, et de la dorsale sud-ouest indienne sur son bord sud-est.

4.1 Vue synoptique des frontières

Segment Plaque(s) adjacente(s) Type Localisation Structure associée
Ouest Nubienne (Africaine) Divergente Rift est-africain Vallée du Grand Rift
Nord-Ouest Arabique Divergente Golfe d’Aden Dorsale du Golfe d’Aden
Nord Arabique Divergente Point triple de l’Afar Triple jonction Afar
Est Indienne Divergente Océan Indien Dorsale de Carlsberg
Est / Sud-Est Australienne Divergente Océan Indien Dorsale centrale indienne
Sud-Est Antarctique Divergente Océan Indien austral Dorsale sud-ouest indienne
Sud Lwandle (diffuse) Diffuse / Transformante Canal du Mozambique / Comores Limite immature

4.2 Frontière Ouest — Le Rift Est-Africain (divergente active)

Plaque adjacente : Nubienne (Africaine)

C’est la frontière la plus active et la mieux étudiée. Elle constitue la frontière terrestre entre les deux plaques issues de la scission de la plaque africaine.

Le rift est-africain sépare la Corne de l’Afrique du reste du continent : la plaque africaine à l’ouest s’éloigne de la plaque somalienne à l’est. Il se divise au sud de l’Éthiopie en deux branches de part et d’autre de l’Ouganda, la branche occidentale formant la plupart des grands lacs africains.

Vitesses de divergence :


4.3 Frontière Nord — Point Triple de l’Afar (triple jonction)

La plaque arabique diverge vers le nord, formant le golfe d’Aden.

La dépression de l ’Afar constitue le point triple remarquable marquant la jonction entre les plaques nubienne, somalienne et arabique. La mer Rouge et le golfe d’Aden sont des rifts océanisés en cours de formation, stades avancés de séparation de la plaque arabique.


4.4 Frontière Est et Sud-Est — Dorsales de l’Océan Indien (divergentes)

Les plaques indienne, australienne et antarctique divergent toutes de la plaque somalienne, formant l’est de l’océan Indien. La dorsale océanique somalo-indienne est connue sous le nom de dorsale de Carlsberg. La dorsale océanique somalo-australienne est connue sous le nom de dorsale centrale indienne. La dorsale océanique somalo-antarctique est connue sous le nom de dorsale sud-ouest indienne.

Dorsale Plaques séparées Vitesse d’expansion
Dorsale de Carlsberg Somalienne / Indienne ≈ 3–4 cm/an
Dorsale centrale indienne Somalienne / Australienne ≈ 5–6 cm/an
Dorsale sud-ouest indienne Somalienne / Antarctique 12–18 mm/an (ultra-lente)

La dorsale de Carlsberg pénètre dans le golfe d’Aden et est responsable de l’ouverture de la mer Rouge et de la rotation de la péninsule arabique. Entre les dorsales du sud-ouest et du nord-ouest de Carlsberg, les bassins occidentaux africains ont été formés par l’accrétion de la plaque Afrique.


4.5 Frontière Sud — Limite avec la plaque Lwandle (diffuse et immature)

La limite méridionale avec la plaque nubienne-africaine est une limite de plaque diffuse avec la plaque de Lwandle.

Les limites des plaques de Somalie, de Rovuma et de Lwandle qui caractérisent la région entre l’Afrique de l’Est et Madagascar sont encore mal connues. L’archipel des Comores est supposé être localisé à la limite des plaques Somalie et Lwandle, sans que celle-ci soit clairement définie et caractérisée.

La répartition des édifices volcaniques et des failles récentes a permis de dessiner plus clairement la limite entre les plaques Somalie et Lwandle, qui s’exprime en surface sur une zone de 200 km de large sur 600 km de long , au nord de l’archipel des Comores et à l’est de Mayotte jusqu’à Madagascar. Elle confirme l’hypothèse que cette limite de plaques est diffuse et encore immature, voire seulement en train de se former.


V. Origine et histoire géologique

5.1 Précambrien — Fondations communes avec la plaque africaine

Entre 1,4 et 1,2 Ga, l’orogenèse kibarienne a fusionné les cratons tanzanien et congolais. Entre 1 000 et 600 Ma, le supercontinent Gondwana s’est formé et l’orogenèse panafricaine a suturé les cratons tanzanien et Kalahari.

La partie continentale de la future plaque somalienne faisait donc partie du même ensemble crustal que la plaque africaine, réunis dans le Gondwana.

5.2 Fragmentation du Gondwana et individualisation (~190–65 Ma)

La fragmentation du Gondwana, survenue entre 190 et 47 Ma, a séparé Madagascar de la côte orientale de l’Afrique et a placé le plateau des Seychelles/Mascareignes au nord-est de Madagascar.

Au Jurassique moyen-supérieur, alors que s’ouvrent les bassins océaniques de Somalie et du Mozambique, Madagascar subit une translation vers le sud, le long d’une zone faillée transformante intracontinentale située à l’emplacement de la ride Davie.

Madagascar n’acquiert son insularité qu’à la fin du Mésozoïque, il y a environ 65 millions d’années, c’est-à-dire avant la formidable expansion des mammifères sur les grands continents au Cénozoïque. On comprend ainsi la rareté des représentants de cette classe zoologique sur la Grande Île.

5.3 Miocène — Naissance de la plaque somalienne (~22–25 Ma)

La plaque somalienne s’est créée à partir de la plaque africaine lorsqu’elle s’en est séparée à la suite de l’ouverture de la vallée du Grand Rift africain au cours du Miocène.

La formation du rift de la mer Rouge a débuté il y a environ 30 millions d’années et les premiers épisodes de rifting ont eu lieu dans le système de rift nord-africain il y a environ 20 millions d’années.

Ce processus de rifting continental, encore actif aujourd’hui, constitue l’une des rares occasions d’observer en temps réel la naissance d’une plaque tectonique distincte.


VI. Subdivision interne — Les microplaques

Pendant de nombreuses années, il était largement admis que la fracturation du système du Rift est-africain il y a 22 à 25 millions d’années avait simplement divisé la plaque africaine en deux plaques — la nubienne et la somalienne.

Plus récemment, grâce à de nouvelles technologies et l’intégration des données GPS sur les séismes, les scientifiques ont découvert que cette fracturation avait donné naissance à trois autres microplaques : la plaque Lwandle, la plaque Victoria et la plaque Rovuma.

En observant en détail les vitesses de déplacement par GPS, on découvre que la plaque somalienne peut être subdivisée en 4 plaques ayant des vitesses et des directions de déplacement légèrement différentes : la plaque somalienne sensu stricto qui couvre le nord de la région, la plaque Victoria qui couvre le lac du même nom, la plaque de Rovuma dans la région du Mozambique, et la plaque Lwandle qui couvre la partie sud-ouest de l’océan Indien et l’île de Madagascar.

6.1 Description des quatre sous-unités

Microplaque Zone géographique Type de lithosphère Statut
Somalienne sensu stricto Somalie, Kenya oriental, Éthiopie orientale Continentale + Océanique Bien contrainte
Victoria Lac Victoria (Ouganda, Kenya, Tanzanie) Continentale Entre les deux branches du rift
Rovuma Mozambique nord, Tanzanie sud Continentale Partiellement définie
Lwandle SW Océan Indien, Madagascar sud Essentiellement océanique Limite diffuse, mal connue

6.2 La microplaque Victoria — Comportement singulier

La microplaque Victoria, située entre les branches est et ouest du système du Rift est-africain, est l’une des plus grandes microplaques continentales sur Terre. À l’inverse des microplaques Rovuma et Lwandle, Victoria tourne dans le sens antihoraire par rapport à la plaque nubienne.

Des scientifiques du centre de recherche en géosciences de Potsdam ont découvert que c’est essentiellement la configuration des régions lithosphériques plus faibles ou plus fortes qui entraîne principalement cette rotation de la microplaque Victoria, en particulier la configuration de ceintures mobiles mécaniquement plus faibles et de régions lithosphériques plus fortes dans le rift est-africain.

6.3 La plaque Lwandle — Une frontière à peine naissante

La plaque Lwandle se situe entre 30°E et 50°E, partageant une frontière avec les plaques nubienne, somalienne et antarctique. Elle est en grande partie océanique, située au large de la côte sud-est de l’Afrique. On pense que la partie sud de Madagascar forme une partie de la plaque Lwandle, avec l’une des frontières de la plaque traversant l’île.

La vitesse de la plaque Lwandle, par rapport aux plaques nubienne et somalienne, est estimée comme très lente : 1–2 mm/an. La dorsale sud-ouest indienne, frontière sud de la plaque Lwandle avec l’Antarctique, est l’une des dorsales les plus lentes de la planète, s’étendant à moins de la moitié du rythme de croissance des ongles humains.


VII. Activité géologique et risques associés

7.1 Sismicité

La plaque somalienne est entourée de frontières divergentes actives. La sismicité se concentre principalement :

7.2 Volcanisme

Le volcanisme somalien est associé aux dorsales océaniques et aux points chauds :

Volcan / Structure Localisation Type Contexte tectonique
Erta Alé Dépression de l’Afar, Éthiopie Bouclier basaltique actif Point triple Afar
Dabbahu Dépression de l’Afar Stratovolcan Rift est-africain
La Réunion (Piton de la Fournaise) Île de La Réunion Point chaud Plaque somalienne
Comores Archipel des Comores Volcanisme alcalin Limite Somalie/Lwandle
Fani Maoré Sous-marin, E. de Mayotte Volcan sous-marin néoformé Limite diffuse Somalie/Lwandle

7.3 La crise de Mayotte (2018–présent)

Depuis mai 2018, la région des Comores subit une forte activité sismique et volcanique, comme en témoigne la crise sismo-volcanique de Mayotte où le nouveau volcan sous-marin, Fani Maoré, s’est formé à l’est de Mayotte. Deux grands champs volcaniques et tectoniques sous-marins ont été découverts : l’un au nord de Grande-Comore, appelé N’Droundé, s’étend sur 4 000 km² de superficie à des profondeurs de 2 000 à 3 500 m ; l’autre champ, au nord d’Anjouan et de Mayotte, appelé Mwezi, s’étend sur 6 000 km² à des profondeurs autour de 3 400 m.


VIII. Implications géodynamiques futures

8.1 La naissance d’un nouvel océan

Si la divergence entre les plaques nubienne et somalienne se poursuit, un nouveau bloc continental apparaîtra, séparé du reste de l’Afrique par une nouvelle mer du même type que la mer Rouge, portée par la plaque somalienne. Déjà, la mer a commencé à se former au niveau du golfe de Tadjourah et de l’est de l’Éthiopie, où une partie de la région se trouve au-dessous du niveau de la mer, avec des infiltrations d’eau de mer formant des lacs salés.

Des pays comme l’Ouganda et la Zambie pourraient acquérir un accès à la mer dans plusieurs dizaines de millions d’années si la séparation se poursuit.

8.2 Scénarios de subdivision de Madagascar

La zone de déformation des plaques fait environ 600 km de large , de l’est de l’Afrique jusqu’à des pans entiers de l’île de Madagascar. Ce qui signifie que l’île est en train de se fracturer en deux : la partie sud se déplace avec la micro-plaque Lwandle, tandis que le centre et le nord de Madagascar suit la plaque somalienne.

8.3 Incertitudes scientifiques actuelles

Le modèle à deux grandes plaques (nubienne et somalienne) est progressivement remplacé par un modèle plus complexe à cinq entités distinctes : Nubie, Somalie, Victoria, Rovuma et Lwandle. Ces microplaques ont des vitesses et des directions légèrement différentes, rendant la modélisation géodynamique plus précise mais aussi plus complexe.

Les limites entre ces microplaques restent souvent diffuses ou mal contraintes , notamment dans la région des Comores, au canal du Mozambique, et au sud de Madagascar, où les données sismiques et géodésiques sont insuffisantes pour une délimitation précise.


IX. La plaque somalienne dans le contexte de l’océan Indien

L’océan Indien a la forme d’un triangle dont les lignes médianes sont formées par des dorsales océaniques, disposées en Y renversé, dont l’expansion a produit la fragmentation de l’ancien continent de Gondwana. Entre les dorsales du sud-ouest et du nord-ouest de Carlsberg, les bassins occidentaux africains ont été formés par l’accrétion de la plaque Afrique.

La plaque somalienne est ainsi au carrefour de cinq interactions majeures dans l’océan Indien :

  1. Sa séparation progressive d’avec la plaque nubienne (Rift est-africain)
  2. Son contact divergent avec la plaque arabique (Golfe d’Aden)
  3. Son interaction avec la plaque indienne via la dorsale de Carlsberg
  4. Son contact avec la plaque australienne via la dorsale centrale indienne
  5. Son contact avec la plaque antarctique via la dorsale sud-ouest indienne

Cette position pivotale fait de la plaque somalienne l’une des plaques tectoniques les plus dynamiquement actives et les plus instructives pour la compréhension de la naissance des océans.


Références bibliographiques


Article rédigé à des fins encyclopédiques et de référence académique. Toutes les données quantitatives sont issues de sources géoscientifiques vérifiées. Les projections géodynamiques futures constituent des estimations scientifiques basées sur les modèles cinématiques actuels (2025–2026).