Le Système Tectonique Africain
Le Système Tectonique Africain
Du modèle classique à deux plaques au modèle contemporain à cinq entités
Introduction
Le continent africain connaît actuellement l'une des transformations géologiques les plus spectaculaires de la planète : sa fragmentation progressive en cinq entités tectoniques distinctes le long du rift est-africain. Cette division — longtemps décrite comme un simple processus binaire opposant la plaque nubienne (ouest) à la plaque somalienne (est) — s'est révélée bien plus complexe avec l'avènement des technologies de géodésie spatiale GPS et GNSS au début du XXIᵉ siècle.
Les données accumulées entre 2002 et 2021 démontrent désormais avec un niveau de confiance supérieur à 99 % l'existence de trois microplaques supplémentaires enclavées dans le système : Victoria (continentale, entre les deux branches du rift), Rovuma (sud de la Tanzanie et nord du Mozambique) et Lwandle (essentiellement océanique, au sud-ouest de l'océan Indien). La microplaque Victoria présente un comportement particulièrement remarquable : contrairement aux autres entités qui tournent dans le sens horaire par rapport à la plaque nubienne, elle effectue une rotation antihoraire — une anomalie cinématique expliquée en 2020 par la modélisation numérique 3D de la distribution des forces lithosphériques.
Ce système tectonique africain constitue un laboratoire naturel exceptionnel pour l'étude des processus de divergence continentale et de naissance d'océans. Si la séparation se poursuit au rythme actuel (3 à 5 mm/an dans les segments les plus actifs), l'Afrique orientale formera, dans plusieurs millions d'années, un nouveau bassin océanique comparable à la mer Rouge ou à l'Atlantique dans ses stades embryonnaires.
Note scientifique : Cet article présente l'état du consensus géoscientifique actuel (2021–2026). Les limites de certaines microplaques — notamment Lwandle et la frontière Victoria/Rovuma — demeurent partiellement mal contraintes et sujettes à révision au fur et à mesure de l'amélioration de la couverture géodésique africaine.
I. La révolution du modèle africain
I. La révolution du modèle africain
Pendant plus d’un demi-siècle, le continent africain était décrit par les géosciences comme se fracturant en deux entités distinctes le long du rift est-africain : la plaque nubienne à l’ouest et la plaque somalienne à l’est. Ce modèle binaire, simple et pédagogique, constituait le cadre de référence standard depuis les années 1960–1970.
La révolution commence en 2002, lorsque le géophysicien Hartnady postule, sur la base de données sismologiques, l'existence de deux microplaques supplémentaires enclavées entre Nubie et Somalie : Victoria et Rovuma. Ces résultats sont confirmés et précisés par Calais et al. (2006) à l'aide des premières données GNSS africaines, puis par Stamps et al. (2008) qui intègrent géodésie, vecteurs sismiques et taux d'expansion des dorsales pour produire le premier modèle cinématique cohérent à cinq entités. La plaque Lwandle, essentiellement océanique, est ajoutée à ce système.
La synthèse de Saria et al. (2014) — fondée sur un réseau GPS élargi, des vecteurs de glissement de séismes et des données géologiques le long de la dorsale sud-ouest indienne — établit avec un niveau de confiance supérieur à 99 % que Victoria, Rovuma et Lwandle sont bien des entités cinématiquement distinctes de la plaque somalienne.
Le modèle contemporain reconnaît donc cinq entités tectoniques issues du rift est-africain :
| Entité | Statut | Zone géographique principale |
|---|---|---|
| Nubienne | Plaque majeure (~30,9 M km²) | Afrique occidentale, centrale, nord |
| Somalienne | Plaque mineure (~16,7 M km²) | Afrique orientale, océan Indien occidental |
| Victoria | Microplaque continentale | Ouganda, Kenya, Tanzanie nord (entre les deux branches du rift) |
| Rovuma | Microplaque | Nord Mozambique, Tanzanie sud |
| Lwandle | Microplaque essentiellement océanique | SW océan Indien, sud de Madagascar |
II. Le Rift Est-Africain comme moteur de la fragmentation
2.1 Dimensions et ancienneté du système
Le système de rift est-africain (SREA) est le plus grand et le plus actif rift continental du monde. Il parcourt plus de 4 500 km depuis le golfe de Tadjourah (Djibouti) jusqu’au lac Malawi (Mozambique), avec une largeur de 40 à 60 km et des grabens atteignant 8 000 m de profondeur sédimentaire.
Le rifting a débuté au Miocène, il y a 22 à 25 millions d’années. L'événement a initialement divisé la plaque africaine en deux entités majeures — Nubie et Somalie — mais l'analyse géodésique fine a révélé une architecture bien plus complexe.
2.2 Architecture à deux branches
Au sud de l’Éthiopie, le rift se divise en deux branches principales qui encadrent la microplaque Victoria :
- Branche occidentale (Rift Albertin) : 2 100 km de long, lacs Albert, Édouard, Kivu, Tanganyika (1 470 m de profondeur), Malawi
- Branche orientale (Rift de Gregory) : Kenya, prolongement du lac Turkana
C’est précisément cette bifurcation en fourche qui crée les conditions géométriques nécessaires à l’émergence et à la rotation de la microplaque Victoria.
2.3 Vitesses d’ouverture différentielles — clé de la fragmentation
Les vitesses d'ouverture du rift sont variables et asymétriques, expliquant en partie pourquoi plusieurs entités distinctes s'individualisent :
| Segment / Frontière | Vitesse d'ouverture |
|---|---|
| Somalie / Nubie (nord du rift) | 5 mm/an (maximum) |
| Somalie / Nubie (moyenne) | 3 mm/an |
| Rovuma / Nubie (rift Malawi) | 2,2 mm/an (nord) — 1,5 mm/an (sud) |
| Lwandle / Nubie | 1–2 mm/an (très lente) |
| Lwandle / Antarctique (dorsale SO indienne) | 12–18 mm/an (ultra-lente) |
III. La Plaque Nubienne — L’entité stable et dominante
3.1 Caractéristiques générales
La plaque nubienne (ou africaine sensu stricto) est la plus grande et la plus stable des cinq entités. Elle constitue le bloc de référence par rapport auquel les mouvements des autres entités sont mesurés.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Superficie | 1,440 65 stéradians ≈ 30,9 millions de km² |
| Direction de déplacement | Nord-Est |
| Vitesse | 2,15 cm/an |
| Vitesse de rotation | 0,927°/Ma |
| Pôle eulérien (réf. Pacifique) | 59° 16′ N — 73° 17′ O |
3.2 Extension géographique
Elle couvre la quasi-totalité de l’Afrique occidentale et centrale — du Maroc au Congo — ainsi qu’une large portion de l’Atlantique oriental (îles Canaries, Cap-Vert, Madère, sud des Açores) et le sud de la Méditerranée (Sicile, îles Éoliennes).
3.3 Fondations géologiques : les cinq cratons précambriens
La plaque nubienne repose sur un socle précambrien composé de cinq cratons stabilisés il y a plus de 2 milliards d’années :
| Craton | Localisation | Rôle dans la fragmentation |
|---|---|---|
| Congo | RDC, Angola, Gabon, Cameroun | Bloque et défléchit le rift ouest |
| Kalahari (Kaapvaal + Zimbabwe) | Afrique australe | Contribue à la rigidité de Nubie sud |
| Afrique de l’Ouest | Sahel, Guinée, Nigeria | Noyau rigide NW |
| Tanzanie | Tanzanie, Kenya | Bloque et contrôle la rotation de Victoria |
| Métacraton saharien | Sahara central | Fragmenté, identité incertaine |
La présence du craton de Tanzanie est particulièrement déterminante : sa rigidité exceptionnelle dévie la trajectoire du rift et contraint la microplaque Victoria à tourner autour de lui.
IV. La Plaque Somalienne — L’entité en séparation active
4.1 Caractéristiques générales
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Superficie | 0,471 92 stéradians ≈ 16,7 millions de km² |
| Vitesse de rotation | 0,978 3°/Ma (légèrement plus rapide que Nubie) |
| Pôle eulérien (réf. Pacifique) | 58° 79′ N — 81° 64′ O |
| Sens de rotation (/ Nubie) | Horaire |
La plaque somalienne tourne légèrement plus vite que la nubienne, ce différentiel étant la cause première de la divergence et du rifting.
4.2 Extension géographique
Elle couvre la Corne de l’Afrique, la côte est africaine (Somalie, Kenya oriental, Tanzanie orientale, Mozambique oriental), l’ouest de l’océan Indien, Madagascar (en partie), les Seychelles, les Comores, les Mascareignes et l’archipel de Socotra.
4.3 Frontières océaniques
La plaque somalienne est entourée de trois dorsales océaniques actives :
- Dorsale de Carlsberg (frontière avec la plaque indienne) : ≈ 3–4 cm/an
- Dorsale centrale indienne (frontière avec la plaque australienne) : ≈ 5–6 cm/an
- Dorsale sud-ouest indienne (frontière avec l’Antarctique) : 12–18 mm/an (ultra-lente)
4.4 Subdivision interne
Les données GPS révèlent que la plaque somalienne sensu lato se subdivise elle-même en quatre sous-unités : Somalie sensu stricto (nord), Victoria (enclavée), Rovuma (sud) et Lwandle (océanique). C’est donc la plaque somalienne qui se fragmente davantage — le long de ses marges internes — tandis que la plaque nubienne demeure relativement cohérente.
V. La Microplaque Victoria — L’anomalie rotatoire
5.1 Découverte et statut scientifique
La microplaque Victoria est l'une des plus grandes microplaques continentales connues sur Terre. Elle est enclavée entre les deux branches du rift est-africain et borde les trois pays de l'Afrique des Grands Lacs.
Son existence est postulée par Hartnady (2002) sur base sismologique, confirmée par Calais et al. (2006) à partir des données GNSS, et quantifiée par Stamps et al. (2008) et Saria et al. (2014). Le modèle numérique de Glerum et al. (2020), publié dans Nature Communications, fournit l'explication mécanique de sa dynamique.
5.2 Localisation et extension
Victoria est délimitée à l’ouest par la branche occidentale du rift (lacs Albert, Édouard, Kivu, nord de Tanganyika) et à l’est par la branche orientale (Rift de Gregory, Kenya). Elle inclut l’Ouganda, le nord-ouest de la Tanzanie, et le nord-est de la RDC. Le lac Victoria, qui lui donne son nom, repose sur cette microplaque mais n’est pas un lac de rift — il résulte du déversement du plateau causé par l’inversion de cours de rivières lors du soulèvement des marges.
5.3 La rotation antihoraire — phénomène unique
Le comportement cinématique de Victoria est remarquable et longtemps resté inexpliqué :
Selon les données GPS (Saria et al. 2014), tandis que la Somalie et les autres microplaques tournent dans le sens horaire par rapport à Nubie, la microplaque Victoria tourne dans le sens antihoraire.
| Microplaque | Sens de rotation / Nubie |
|---|---|
| Somalienne | Horaire |
| Rovuma | Horaire |
| Lwandle | Horaire |
| Victoria | Antihoraire ← anomalie |
5.4 Explication mécanique (Glerum et al., 2020 — Nature Communications)
Les hypothèses précédentes invoquaient l’interaction d’un panache mantellique avec la carène cratonique épaisse de la microplaque. La modélisation numérique 3D de Glerum et al. (2020) démontre que le mécanisme est différent :
« Une certaine configuration de ceintures mobiles mécaniquement plus faibles et de régions lithosphériques plus fortes dans le SREA entraîne des branches de rift incurvées et se chevauchant, ce qui provoque une rotation. »
En termes simples : c’est la géométrie des zones faibles et des zones rigides de la lithosphère — notamment la présence du craton de Tanzanie au sud-est de Victoria — qui crée un couple de forces entraînant la rotation antihoraire. Le craton, trop rigide pour être déformé, agit comme un pivot.
Les modèles reproduisent avec précision le pôle de rotation GPS de la microplaque Victoria, validant ce mécanisme « edge-driven » (entraîné par les bords).
5.5 Implications géodynamiques
La rotation antihoraire de Victoria implique une propagation vers le nord des failles le long des branches Rukwa/Tanganyika de la branche occidentale, contrairement à l’opinion orthodoxe qui prévoyait une propagation vers le sud. Cette prédiction est supportée par les âges isotopiques des laves volcaniques, montrant un rajeunissement vers le nord-ouest (de 25,9 Ma à Rungwe jusqu’à 5,8–2,6 Ma à Mwenga-Kamituga, au nord du lac Tanganyika).
VI. La Microplaque Rovuma — Le bloc méridional
6.1 Découverte et statut
Postulée simultanément à Victoria par Hartnady (2002) , confirmée par l’analyse combinée GPS + vecteurs de glissement sismique, la plaque Rovuma tire son nom du fleuve Rovuma qui forme la frontière entre la Tanzanie et le Mozambique.
L’étude de Saria et al. (2014) établit son individualité cinématique avec un niveau de confiance > 99 %, bien que la contrainte de son pôle d’Euler nécessite des données en dehors de la plaque elle-même — la densité de stations GPS y étant encore insuffisante.
6.2 Localisation et extension
Rovuma occupe le sud de la Tanzanie et le nord du Mozambique, entre la terminaison méridionale de la branche occidentale du rift et le début du rift du lac Malawi. Elle correspond approximativement au bassin sédimentaire de la vallée du Rovuma.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Zone géographique | Nord Mozambique, Tanzanie sud |
| Frontière nord | Triple jonction avec Victoria et Nubie (Province volcanique de Rungwe, Mbeya, Tanzanie) |
| Frontière ouest | Nubie (Rift Malawi nord) |
| Frontière est | Somalienne (Rift Malawi / côte tanzanienne) |
| Sens de rotation / Nubie | Horaire |
| Vitesse d'ouverture Rovuma/Nubie | 2,2 mm/an (nord) — 1,5 mm/an (sud) |
6.3 Le triple point de Mbeya — jonction des trois entités
La frontière entre Victoria, Rovuma et Nubie converge en un triple point remarquable dans la région de Mbeya, sud-ouest de la Tanzanie, au cœur de la Province volcanique de Rungwe (RVP).
Cette province volcanique se situe à la jonction méridionale entre les deux branches du rift est-africain. Elle comprend quatre volcans actifs :
| Volcan | Altitude | Dernière activité estimée |
|---|---|---|
| Mont Rungwe | 2 981 m | Holocène (caldeira de 4 km de diamètre) |
| Ngozi | ≈ 2 620 m | Caldeira avec lac ; actif à ≈ 36 ka BP |
| Kiejo | 2 175 m | Holocène |
| Tukuyu | — | Quaternaire récent |
Le système géothermique de Ngozi-Rungwe présente des températures de réservoir supérieures à 200 °C à 2 000 m de profondeur, avec des sources chaudes géochimiquement actives témoignant d’une activité mantellique continue. Des valeurs isotopiques d’hélium de 15 Ra (15 fois la valeur atmosphérique) y ont été mesurées — ratios comparables aux grandes provinces de panaches mantelliques — suggérant une connexion au superpenache africain ancré à la frontière noyau-manteau.
La jonction Victoria-Rovuma-Nubie présente une sismicité de décrochement inattendue (mécanismes en coulissement plutôt qu’en extension pure), suggérant une zone de transition complexe entre les trois régimes cinématiques.
VII. La Plaque Lwandle — L’entité océanique à la frontière mouvante
7.1 Découverte et particularités
La plaque Lwandle est la moins bien connue des cinq entités. Son existence a d’abord été quantifiée mathématiquement — non géologiquement — grâce à la fermeture du circuit de plaques Lwandle-Antarctique-Nubie, contraint par les taux d’expansion et les azimuts de transformation le long de la dorsale sud-ouest indienne.
Son individualité cinématique a été confirmée à > 99 % par Saria et al. (2014), bien que sa vitesse reste très mal contrainte : la plaque est essentiellement océanique et ne comptait qu’une seule station GPS à Madagascar lors des premières études.
7.2 Localisation et extension
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Localisation | 30°E–50°E (océan Indien SW) |
| Composition | Essentiellement océanique |
| Frontière sud | Dorsale sud-ouest indienne (séparation avec Antarctique) |
| Frontière nord | Plaque Rovuma |
| Frontière ouest | Plaque Nubienne (mal connue, peu sismique) |
| Frontière est | Diffuse — traverse probablement Madagascar |
| Vitesse / Nubie et Somalie | 1–2 mm/an (très lente) |
| Vitesse / Antarctique (dorsale SWIR) | 12–18 mm/an (ultra-lente) |
La dorsale sud-ouest indienne, frontière sud de Lwandle, est l'une des dorsales les plus lentes de la planète Terre, s'étendant à moins de la moitié du rythme de croissance des ongles humains.
7.3 La fracture de Madagascar
Une découverte de Stamps et al. (2020) révèle que la zone de déformation est plus complexe et plus distribuée qu'on ne le pensait auparavant. La zone de déformation fait environ 600 km de large, de l'est de l'Afrique jusqu'à des pans entiers de l'île de Madagascar. Ce qui signifie que l'île est en train de se fracturer en deux :
- La partie sud de Madagascar se déplace avec la microplaque Lwandle
- Le centre et le nord de Madagascar suivent la plaque somalienne
Cette découverte fait de Madagascar la seule grande île dont une frontière de plaque active traverse le territoire terrestre.
7.4 La limite Lwandle / Somalie aux Comores
La limite entre les plaques Somalie et Lwandle est diffuse et encore immature , voire seulement en train de se former. Elle s’exprime en surface sur une zone de 200 km de large sur 600 km de long , au nord de l’archipel des Comores et à l’est de Mayotte jusqu’à Madagascar.
La crise sismo-volcanique de Mayotte (depuis 2018) — avec la formation du volcan sous-marin Fani Maoré à l’est de Mayotte — est directement liée à cette limite diffuse et immature entre les plaques Somalie et Lwandle. Deux champs volcaniques sous-marins ont été découverts lors de la campagne SISMAORE (2020–2021) :
- N’Droumdé : 4 000 km² de superficie, profondeurs de 2 000–3 500 m
- Mwezi : 6 000 km² de superficie, profondeurs autour de 3 400 m
VIII. Interactions entre les cinq entités — Tableau des frontières internes
| Paire d'entités | Type de frontière | Localisation | Vitesse |
|---|---|---|---|
| Nubie / Somalie | Divergente | Rift est-africain (4 500 km) | 3–5 mm/an |
| Nubie / Victoria | Divergente / Transformante | Branche occidentale (nord) | ~2–3 mm/an |
| Nubie / Rovuma | Divergente | Rift Malawi | 1,5–2,2 mm/an |
| Nubie / Lwandle | Diffuse / Transformante | Côte SE Afrique (mal connue) | ~1 mm/an |
| Victoria / Somalie | Divergente | Branche orientale (Kenya) | ~2–3 mm/an |
| Victoria / Rovuma | Transformante / Faiblement sismique | Région de Mbeya (Rungwe) | Très lente |
| Rovuma / Somalie | Divergente | Rift Malawi (est) | ~1,5 mm/an |
| Lwandle / Somalie | Diffuse (en formation) | Comores / NE Madagascar | ~1,3–1,4 mm/an |
| Lwandle / Rovuma | Diffuse | Canal du Mozambique (nord) | Mal contrainte |
| Lwandle / Antarctique | Divergente (ultra-lente) | Dorsale SW indienne | 12–18 mm/an |
IX. Évolution du modèle scientifique — Chronologie des découvertes
| Année | Auteur(s) | Contribution |
|---|---|---|
| 1968 | Le Pichon | Modèle à 6 plaques principales (dont Afrique indifférenciée) |
| 1990 | DeMets et al. | Modèle à 15 plaques ; distinction Nubie / Somalie |
| 2002 | Hartnady | Postule Victoria et Rovuma sur base sismologique |
| 2003 | Bird | Modèle numérique des limites de plaques — intègre Lwandle |
| 2006 | Calais et al. | Confirmation GPS de Victoria (premier modèle géodésique) |
| 2008 | Stamps et al. | Modèle cinématique GNSS + sismique + dorsales ; 5 entités quantifiées |
| 2010 | DeMets et al. (MORVEL) | Modèle à 25 plaques ; contrainte de Nubie, Somalie, Lwandle |
| 2013–2014 | Saria et al. | Cinématique actuelle du SREA ; > 99 % de confiance pour 5 entités |
| 2020 | Glerum et al. | Explication numérique 3D de la rotation antihoraire de Victoria (Nature Comm.) |
| 2021 | Stamps et al. | Redéfinition de la cinématique du SREA ; déformation distribuée de 600 km |
| 2022 | Thinon et al. | Cartographie de la limite Somalie/Lwandle aux Comores |
X. Signification géodynamique et perspectives futures
10.1 Un continent qui se fragmente en temps réel
Le système tectonique africain constitue l’un des rares exemples mondiaux où l’on peut observer en temps réel la naissance de nouvelles entités lithosphériques. Si la divergence se poursuit, les modèles prévoient la formation d’un nouveau bassin océanique séparant les entités orientales du bloc nubien, comparable à la mer Rouge actuelle ou à l’Atlantique dans ses stades embryonnaires.
10.2 Le cas particulier de Victoria — Laboratoire planétaire
La rotation antihoraire de Victoria présente un intérêt scientifique dépassant largement l'Afrique. Les microplaques continentales en rotation sont observées en d'autres régions — notamment dans les bassins arrière-arc liés aux subductions — mais l'exemple africain est exceptionnel par sa taille et son contexte purement intraplaques. Les modèles développés pour expliquer Victoria permettent de reconstituer les mouvements de plaques tout au long de l’histoire de la Terre.
10.3 Ce que la recherche ne sait pas encore
Plusieurs questions demeurent ouvertes dans la communauté géoscientifique :
- Les limites exactes de Lwandle restent mal définies, particulièrement à l’est (traversée de Madagascar) et à l’ouest (frontière avec Nubie)
- La rigidité interne de Nubie est discutée : certains modèles proposent 2 à 4 sous-blocs nubiens
- L’existence de blocs supplémentaires (Masai au nord de la Tanzanie, Rukwa en Tanzanie SW) est envisagée pour expliquer des vitesses GPS localement aberrantes
- La dynamique de Lwandle / Rovuma dans le canal du Mozambique reste partiellement inconnue
- La signification de la fissure de 2005 en Afar — 60 km de long, ouverture de ~5 m — comme marqueur de l’accélération de la divergence Nubie/Somalie au nord
Références bibliographiques
- Hartnady, C. J. H. (2002). Earthquake hazard in Africa: perspectives on the Nubia-Somalia boundary. South African Journal of Science, 98(9–10).
- Calais, E., Ebinger, C., Hartnady, C., Nocquet, J. M. (2006). Kinematics of the East African Rift from GPS and earthquake slip vector data. Geological Society Special Publications, 259(1), p. 9–22.
- Stamps, D. S., Calais, E., Saria, E., Hartnady, C., Nocquet, J. M., Ebinger, C. J., Fernandes, R. M. (2008). A kinematic model for the East African Rift. Geophysical Research Letters, 35(5). DOI: 10.1029/2007GL032781
- Bird, P. (2003). An updated digital model of plate boundaries. Geochemistry, Geophysics, Geosystems, 4(3). DOI: 10.1029/2001GC000252
- Saria, E., Calais, E., Stamps, D. S., Delvaux, D., Hartnady, C. J. H. (2014). Present-day kinematics of the East African Rift. Journal of Geophysical Research: Solid Earth, 119(4), p. 3584–3600. DOI: 10.1002/2013JB010901
- Glerum, A., Brune, S., Stamps, D. S., Strecker, M. R. (2020). Victoria continental microplate dynamics controlled by the lithospheric strength distribution of the East African Rift. Nature Communications, 11, 2881. DOI: 10.1038/s41467-020-16176-x
- Stamps, D. S., Kreemer, C., Fernandes, R., Rajaonarison, T. A., Rambolamanana, G. (2021). Redefining East African Rift System kinematics. Geology, 49(2), p. 150–155. DOI: 10.1130/G47985.1
- Thinon, I., et al. (2022). Volcanisme et tectonique le long de l'archipel des Comores. Comptes Rendus Geosciences, Académie des Sciences.
- Meghraoui, M., et al. (2016). Geological, geophysical and seismotectonic studies of Africa. Journal of African Earth Sciences.
- Wikipedia FR — Plaque africaine ; Plaque somalienne ; Plaque Lwandle ; Rift est-africain ; Mont Rungwe (consultés 2025–2026).
Article rédigé à des fins encyclopédiques et de référence académique. Les données cinématiques sont issues des modèles géodésiques GNSS/GPS les plus récents (2014–2021). Les limites de certaines microplaques — notamment Lwandle et la frontière Victoria/Rovuma — demeurent sujettes à révision au fur et à mesure de l'amélioration de la couverture géodésique africaine.